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  Le Tourisme fluvial en France

"Canaux et cours d'eau, navigables ou non, suscitent l'engouement des touristes, des récréants, des sportifs et deviennent un enjeu socio-économique, politique, sportif pour les élus locaux "
(DAMIEN M.M. , 2001.- Le Tourisme fluvial, Paris, PUF édit., coll."Que Sais-je ?" n°3608, 128 p., p.17)

L'ensemble des voies d'eau navigables françaises ( fleuves, canaux et rivières ) représente 8500 kilomètres ce qui constitue le premier réseau de voies navigables d’Europe . 8,5 millions de touristes français et étrangers avaient effectué une croisière fluviale en 2000. 8,9 millions de passagers, dont les 2/3 en Ile de France, ont été transportés en 2004, soit une progression de 4,7 % par rapport à 2003. Aujourd’hui, on estime à plus de 50 000 le nombre de bateaux de plaisance privés basés sur les eaux intérieures . En 2000 plus d’une centaine d’entreprises proposaient à la location une flotte de plus de 1000 «coches de plaisance» et environ 300 bateaux à passagers permettent des croisières . Le chiffre d’affaires de ce secteur d’activités était estimé à 1,1 milliards de francs de francs ( contre 1, 3 milliard de francs pour le domaine du transport par voie d'eau). En 2004, le tourisme fluvial compte 304 entreprises, dont 68 loueurs et 236 entreprises de bateaux à passagers, représentant 1 800 emplois permanents et près de 2 000 saisonniers. Le chiffre d’affaires du tourisme fluvial est évalué à 225 millions d’euros, sans compter les retombées sur les zones traversées qui représentent l'équivalent du chiffre d'affaires généré par l'activité elle-même. Le tourisme fluvial qui permet d’apprécier dans le calme et sous un angle insolite la richesse du patrimoine de la France devient une véritable activité économique .

 1-HISTORIQUE

Les rivières et les canaux ont longtemps constitué le principal moyen de communication pour transporter des marchandises et des personnes. La voie d’eau, malgré ses dangers propres ,était souvent plus sure et plus rapide et surtout beaucoup plus confortable que la route .Très tôt de nombreuses personnalités : souverains , dignitaires de la cour royale , dont Madame de Sévigné et dès la fin du XVIIIe siècle de riches touristes étrangers anglais et hollandais voyagent par voie d’eau pour leur plaisir . Dès le début du XIXe siècle plusieurs compagnies de navigation organisent des voyages touristiques d’Orléans à Nantes et d’Orléans à Nevers .

Plus tard au lendemain de la Première Guerre Mondiale le tourisme fluvial se développe vraiment avec l’apparition de moteurs adaptés aux bateaux de plaisance. La revue « le Yacht »  publie régulièrement des plans de bateaux fluviaux et des chroniques de croisière fluviales .L ‘année 1927 voit en même temps publier «  le yachting de rivière » et le premier guide la navigation maritime et fluviale édité par Peugeot maritime. A cette époque il était parfois difficile de naviguer parmi les nombreuses péniches pas toujours prévenantes pour les fragiles embarcations de plaisance .

La Seconde Guerre Mondiale ouvre pour les rivières françaises une période d'oubli. Jusqu'aux années 60 le tourisme fluvial reste très limité en France et il ne concerne guère que la visite des berges de la Seine par bateau-mouche , à Paris , ainsi que quelques touristes isolés pratiquant la pêche dans des barcasses. Le tourisme fluvial est alors considéré comme un secteur dépourvu d'avenir .Il est souvent considéré comme une "lubie " de quelques originaux réticents à s'intégrer aux grandes concentrations estivales des littoraux .

La redécouverte du Tourisme fluvial doit beaucoup à certaines associations , comme le Touring Club de France , qui jouèrent un rôle déterminant en suscitant l’attention du public sur le délabrement des voies d’eau . A la fin des années 60 le rallye des canaux bretons sauve de l’abandon la liaison Manche – Océan Atlantique . Les collectivités locales prendront alors le relais du Comité des canaux bretons .Le tourisme fluvial qui n’était apparu jusqu’alors que comme un caprice sans intérêt ,attira l’attention des responsables nationaux de la voie d’eau qui s’aperçurent qu’il constituait peut être un avenir notable pour la voie d’eau à l’instar de ce qui se passait sur les canaux flamands et hollandais depuis longtemps . Les anglais furent des pionniers dans le domaine du tourisme fluvial français en créant sur le territoire national les premières compagnies de location de "  house boats "  ( la plus ancienne société est française : la Saint Line ) Dans les îles britanniques le tourisme fluvial était déjà largement développé notamment dans la région des Norfolk Broads sont les pionniers du tourisme fluvial moderne .Le " British Waterways Board " avait sous sa responsabilité la gestion de 3200 km de voies d’eau et de 86réservoirs , patronnant 550 km de canaux commerciaux , 1740 km de canaux de plaisance et 772 km de " remainder waterways " .  

Depuis lors le tourisme fluvial s’est considérablement développé , fondé sur des critères spécifiques , entièrement différentes de ceux du trafic de marchandises , parfois même opposés mais aussi divers problèmes qui posent la question fondamentale : est-ce vraiment une nouvelle forme de tourisme ou n’est-ce que le chant du cygne des voies navigables françaises ?

 

 

 2-LE TOURISME FLUVIAL FRANÇAIS AUJOURD'HUI

Le réseau français

Le réseau français n’est pas homogène .On distingue le réseau à grand gabarit où les écluses permettent le passage de convois de 5000 tonnes ( la Seine en aval de Paris , l’axe Rhône –Saône , la Moselle , … ) et qui intéresse plus particulièrement la navigation de commerce .C’est ce réseau qui sillonne chaque année une flotte importante de paquebots fluviaux qui emportent jusqu’à 2000 passagers . Les « house boats » ou «  pénichettes » maintenant dénommées «  coches de plaisance » sont plus à leurs aises sur le réseau Freycinet ( ministre des Travaux Publics sous la IIIe République qui réalisa un important plan de restauration du réseau fluvial ) ouvert aux bateaux de 38 mètres de longueur et de 5 mètres de largeur , le tirant d’eau est d’environ 1,80 mètres et le tirant d’air de 3,50 mètres.

Compte tenu de la configuration hydrologique de la France le réseau fluvial peut être divisé en sept bassins. L'activité touristique se répartit essentiellement sur 5 d'entre eux :

 En Ile de France ( c'est dans cette région que se réalise près de 50% du chiffre d'affaires et de l'activité des bateaux à passagers ) , la Seine et ses affluents, principalement l’Oise et la Marne , constituent des centres d’intérêt privilégiés. Le trafic commercial n’y a pas empêché le développement du Tourisme fluvial. Plusieurs milliers de bateaux stationnent dans les ports et les clubs . L’Ourcq , en cours d’aménagement , devient un lieu de promenade agrémenté par la mise en valeur d’ouvrages de navigation souvent surprenants comme l’usine élévatoire d’Ile de Meldeuse .

-Avec la Bourgogne et la Franche-Comté nous sommes dans le royaume du tourisme fluvial .On y trouve la quasi- totalité des péniches hôtels et environ 30% de la flotte des bateaux de location .C'est aussi le bassin qui dispose du plus grand nombre de sociétés et de bases de location. La Bourgogne est mondialement connue pour sa gastronomie, ses vins , son patrimoine culturel, auquel s’ajoute l’importance et la beauté de son réseau de voies navigables ;C’est la région de France où l’on rencontre le plus grand nombre de péniches-hôtels, anciens bateaux de commerce transformés pour accueillir 14 à 20 passagers avec un luxe certain .Cette forme de tourisme est très appréciés de la clientèle américaine, la plus nombreuse sur ces bateaux .Avec un trafic en I990 de 980 000 bateaux /km ces voies d’eau représentaient au total presque les ¾ du trafic du canal du Midi .ce succès s’explique par de nombreux atouts : une bonne desserte ferroviaire, routière et autoroutière , la relative proximité de Paris et de Lyon , de l’Allemagne et de la Suisse, mais aussi sa renommée sur le plan gastronomique, son patrimoine artistique ( châteaux, art roman ), l’existence de plusieurs centres touristiques de premier plan situés sur les voies d’eau ( Auxerre, Dijon, Tournus ) et toute une série de villes- étapes égrenées le long des canaux .

-Dans l’est la Meuse, la Moselle et le Rhin sont les principaux cours d’eau navigables. Ils sont reliés entre eux par un réseau de canaux . Cette configuration ( 1600 kilomètres de voies d'eau ) offre plusieurs possibilités de bouches connectées entre elles et sur les réseaux belges et allemands. Aussi de nombreux bateaux de plaisance étrangers viennent-ils y naviguer. L'importance des paquebots fluviaux , notamment sur le Rhin , est une autre caractéristique de ce bassin .En outre l’Alsace , qu’il est possible de visiter par la voie d’eau , devient une destination à la mode. L’ascenseur à bateaux d’Artzviller ( sur le canal de la marne au Rhin ) mis en service en 1970 et qui remplace 17 écluses , est devenu une véritable attraction touristique visitée chaque année par 300 000 personnes .

-Dans le sud-ouest le canal du Midi , sans doute le plus beau de France , permet aux visiteurs d’éviter le détroit de Gibraltar pour passer de l’Atlantique à la Méditerranée. Son succès touristique est désormais assuré dans la mesure ou il vient d’être classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO en décembre 1996.Une étude des années 80 a montré que sa clientèle était composée à 80% d’étrangers surtout allemands, suisses et anglais avec un taux de fidélisation de 40%.Avec un trafic de 1.366 bateaux/km, le canal du Midi assurait en 1988 plus du 1/5 du trafic français de tourisme fluvial, soit plus de quatre fois la Seine dans la région parisienne . De nouveaux parcours sont maintenant ouverts aux touristes dans cette région : le Lot , la Baise et la Charente.

-Le bassin des canaux de l’ouest (1100 kilomètres) est isolé du reste du réseau français. Il est cependant caractérisé par une activité touristique croissante. On distingue le Maine et trois rivières ( la Sarthe, l’Oudon et la Mayenne ) et le réseau des canaux bretons reliés par la Loire , navigable jusqu’à Angers .Le réseau du Maine connaît une véritable résurrection depuis quelques années avec sa navigation qui remonte l’Oudon jusqu’à Segré, la Mayenne jusqu’à Laval et la Sarthe jusqu’au Mans. On y dénombrait en I990 12 sociétés de location (168 bateaux) et 7 sociétés de bateaux à passagers offrant 517 places. Le réseau breton est complexe et étendu: le vieux canal de Nantes à Brest , le canal Manche–Océan Atlantique de Saint-Malo à La Roche Bernard en remontant la rance jusqu’à Dinan La navigation sur la Loire est difficile :le débit y est très irrégulier et le lit bien trop souvent encombré de bancs de sable et de gravier

-En vallée du Rhône, la Saône et le Rhône sont deux grands cours d’eau difficiles à naviguer .Ils sont de ce fait réservés aux bateaux importants et bien motorisés. De nombreux bateaux à passagers, dont trois paquebots fluviaux offrent toute une gamme de possibilités de séjour. Plusieurs ports de plaisance jalonnent l’axe Saône –Rhône .Ils sont fréquentés par quelques 3000 bateaux qui chaque année transitent entre l’Europe du Nord et la Méditerranée ainsi que par de nombreux plaisanciers locaux .

-le bassin Nord- Picardie est le plus dense .Il comporte 1280 kilomètres. C’est pourtant la région la moins recherchée car la voie d’eau y permet la découverte de paysages urbains intéressants avec un angle de vue différent .

Une clientèle quasi-exclusivement étrangère

En 2004 la clientèle étrangère est restée dominante (65 %), essentiellement allemande, suisse et anglaise. Concernant les péniche-hôtels, 14 000 passagers ont été transportés et 83 000 nuitées vendues. 67,4 % de la clientèle est américaine, mais la clientèle française est en progression (12,3 %). Ce secteur a progressé de 24 % par rapport à 2003 qui avait connu une forte baisse conjoncturelle (-30 %).

Les conditions de développement

Une forme intelligente de tourisme

Plutôt que d’ «aller bronze idiot » en s’entassant sur les plages polluées, le tourisme fluvial répond à un double attrait que la France offre à profusion. L’un est le tourisme de repos, presque un tourisme de santé pour se refaire après de longs mois passés dans la presse, le bruit et la pollution. Cette motivation ne rentre pas vraiment dans les statistiques, mais il est certain que les voies navigables françaises, désuètes pour la plupart quant au transport des marchandises, offre tout ce que réclame ce tourisme de repos : l’isolement , le calme reposant de ces «routes liquides » ombragées. Le long des canaux un paysage local est créé par les arbres qui participent vraiment du milieu bio- géographique local : pins parasol le long des canaux du Midi, peupliers le long du canal du Loing, etc…

La lenteur de la navigation préjudiciable au transport des marchandises n’est plus une gêne pour le tourisme fluvial qui , par essence même, flâne sans aucune recherche de compétition horaire. La multiplication des écluses n’est plus un handicap mais l’occasion de converser avec l’éclusier ou les spectateurs, de mettre pied à terre voire de faire fonctionner le mécanisme. Le tourisme fluvial est aussi un tourisme de plein air et la voie offre souvent de multiples possibilités le long de ses berges : les chemins de halage et de contre-halage sont l’occasion de randonnées à pied, à bicyclette, à cheval, de pique-niques ou simplement de sommeiller, de pêcher ou de camper. Parmi les produits terrestres les plus fréquemment associés au tourisme fluvial il faut noter l'essor du vélo et celui du tourisme de pêche. Le développement des produits touristiques à base de vélo peut profiter des chemins de halage et peut constituer un prétexte à développer, outre des structures de location et d'entretien des machines, des itinéraires balisés de découverte du pays traversé par la voie d'eau, des animations et des événements ainsi que des gîtes d'étapes.

Le tourisme fluvial est aussi un tourisme éducatif tirait parti du paysage traversé .D’autre part certains canaux anciens construits avec un souci évident d’esthétique , constituent par eux-mêmes un intérêt monumental. Par ailleurs il suffit de s’écarter de quelques centaines de mètres ou de quelques kilomètres pour trouver une abbaye , un village , un château ou une église .

Une étude réalisée à propos du tourisme fluvial sur le canal de Bourgogne a montré que les motivations étaient les suivantes: pour 57% des personnes interrogées le calme, pour 47% l’originalité de ce type de vacances, pour 41% la symbiose avec la Nature, pour 30% la découverte de la région, pour 29% le nautisme,et 93% pensaient avoir passé le type de vacances qu’ils souhaitaient. Il y a manifestement pour le tourisme fluvial une clientèle différente ce celle des séjours habituels de vacances . 

Les moyens du tourisme fluvial

Ils présentent un double caractère : leur diversité et leur augmentation.

-La diversité des bateaux est d’ailleurs difficile à appréhender parce que les définitions sont fluctuantes et les statistiques hésitantes dans leurs classements. On distingue deux groupes principaux de bateaux mais avec une grande diversité de capacité , de puissance et de fonctions .

Les bateaux de groupe ou bateaux à passagers constituent le groupe le plus hétérogène .Ce sont des unités qui transportent plus de six passagers payants pour des promenades de quelques heures ou des croisières de plusieurs jours .La clientèle n’est pas propriétaire et utilise momentanément un ou plusieurs services ; notamment la clientèle ne « met pas la main à la pâte» en matière de navigation. Elle est passive et ne fait que consommer un ou plusieurs produits prévus à l’avance .En général il s’agit d’une clientèle de passage qui ne se connaît pas et qui peut être assez nombreuse .Le type le plus connu de ces bateaux est le bateau à passagers équipé pour un voyage de une à quelques heures dans un site resserré. Ce peut être une ancienne péniche aménagée ou un bateau spécialement conçu naviguant à proximité des grandes villes ( Paris , Strasbourg , Nantes , etc… )et sur des lacs ( Annecy, Léman , Le Bourget )..Il existe également des bateaux de croisière fluviale offrant une croisière de plusieurs jours .La croisière fluviale a été inventée par les allemands et les hollandais sur le Rhin , elle concerne soit la petite péniche hôtel à cabines aménagée en hôtel- restaurant soit le vrai paquebot fluvial pouvant atteindre plus de 50 mètres de longueur et offrant tous les services que l’on peut trouver sur des paquebots maritimes de croisière. Leur durée est en moyenne de 3-4 jours mais elle peut atteindre une semaine sur le Rhin ou sur le Rhône . Le «bateau- jeune » ou le «  bateau collectif » s’adresse à une clientèle moins exigeante .Souvent géré par une association il sert à une croisière à thème : musique , yoga , danse , informatique , gastronomie, ….On compte en France aujourd'hui 200 bateaux- promenade ( soit environ 40000 places) , 35 bateaux de croisière (400 lits ) , 14 paquebots fluviaux (1500 lits ) ainsi que 44 bateaux associatifs.

Le second groupe de bateaux est constitué par de petits bateaux dont le usagers sont en même temps les conducteurs .Ce sont les coches de plaisance habitables pour permettre le séjour à bord de 4 à 12 personnes .Ils sont souvent occupés par des gens qui se connaissent ( famille, amis ).On ne distingue deux catégories : - les bateaux individuels sont surtout des bateaux allant d’une région maritime à une autre , en particulier selon l’axe Saint Malo–Redon ou Saint Malo-Nantes ou des bateaux qui, hors des périodes de vacances , circulent sur des plans d’eau importants proches de grandes villes en particulier sur la Seine , la Marne , l’Oise autour de Paris, sur le Rhône , sur l’Erdre autour de Nantes . –les bateaux de location ( " house boats " ou coches d’eau ) offrent en général 6 à 12 places mais sont d’une grande variété .Chaque grande société de louage tend à offrir une gamme à laquelle elle s’identifie : Rive de France propose ainsi «Eau Claire», «Eau Vive» (Jeanneau) , Locaboat diffuse ses propres bateaux (pénichette ) et « Bateau Bleu » est sous  le signe de " Crown Blue Line " .Par contre des loueurs plus petits mettent sur le marché une grande hétérogénéité de marques, de tailles , de puissances . En général le modèle dominant a plus de 10 mètres de long et 3 mètres de large , il offre un solarium et une plage avant assez large et ses cabines sont souvent modulables car ces bateaux sont souvent utilisés au dessous de leur capacité maximale .

La flotte des coches de plaisance était évaluée en 2004 à 1971 navires dont 1245 pour les loueurs nationaux (au nombre de 5 en France) et 726 pour les loueurs régionaux. Les coches de plaisance ont transporté 150000 touristes en 2004 dont 23% d'allemands, 13% de suisses et 12% de britanniques .Les bâtiments promenades étaient au nombre de 298 en 2004 exploités par 186 sociétés. 43% d'entre eux comportaient un restaurant. Le tiers de la flotte se trouvait localisé en Île de France  et transportait 70% des passagers, dont 58% d'étrangers . La France comptait, en 2004, 60 péniches-hôtels , soit une capacité de 954 lits .En 2004 ces bâtiments avaient transporté 14000 passagers (soit 83000 nuitées).La clientèle de ce type d'embarcation était quasi-exclusivement étrangère dans une proportion de 90% , dont 67% d'américains, 5% de britanniques et 3% de suisses . Quant aux paquebots fluviaux ils étaient au nombre de 17 en 2004. Ces navires particulièrement imposants étaient cantonnés sur le réseau à grand gabarit (Rhin Moselle, Seine Oise et Rhône Saône).  La flotte était gérée par 8 sociétés et représentait une capacité d'accueil estimée à 2000 lits .

Il existe à l'heure actuelle 2000 bateaux de location ( vedettes fluviales ou " pénichettes " ) dont 1200 gérés par 5 sociétés. A ce chiffre viennent s'ajouter les effectifs de la plaisance fluviale privée constituée d'une plaisance fluviale de transit ( bateaux habitables non immatriculés comme bateaux français , environ 4000 par an ) , d'une plaisance fluviale de croisière comprenant 2000 à 3000 bateaux dont une bonne moitié est d'origine étrangère .

Les problèmes du tourisme fluvial

Ils sont de deux sortes : d’une part d’ordre financier et d’autre part lié à l’instabilité du secteur .

Les problèmes financiers sont de trois ordres :- pour la clientèle d’abord il s’agit d’un tourisme cher Même si le touriste est propriétaire de son bateau il doit ajouter à l’achat déjà onéreux , des frais d’assurance , des dépenses de gardiennage ou d’hivernage sans compter l’entretien. Utiliser les services d’une société peut susciter de lourdes dépenses .pour une simple promenade sur un bateau à passagers , les tarifs varient de 20 à 100 F. Si un repas est pris à bord le tarif monte alors de 150 à 400 F par personne. Le tarif d’une croisière- hôtel monte de 600 à 1000 F par jour et par personne. Pour les tarifs des house boats en pleine saison et en I994 les tarifs étaient de 7350 à 10180 F pour un bateau de 4 personnes , de 8250 à 11575 F pour un bateau de 6 personnes ce qui porte la journée au minimum à 1375 F par personne sur un bateau de 6 personnes .

Par ailleurs les sociétés de tourisme fluvial connaissent de gros problèmes d’équilibre financier. Les ratios communément admis de matière de rentabilité des sociétés de location indiquent qu’il faut en moyenne 7-8 bateaux pour permettre de dégager un seul salaire et encore faut-il que ceux-ci soient loués au minimum 18 semaines par an au minimum. En I994 on admettait que la rentabilité était atteinte avec 15 bateaux ce qui conduit évidemment à une certaine concentration des sociétés.

Le troisième, problème est celui de l’entretien de ces voies navigables touristiques .Délaissées par la navigation commerciale les voies d’eau ont été délaissées par les pouvoirs publics qui ont pris prétexte de l’abandon commercial. Sur 12278 km de cours d’eau et de canaux navigués à la fin du XIXe siècle , l’Etat a rayé de la nomenclature des voies navigables près de 5000 km de 1926 à 1957.En les aidant l’Etat s’autorisait à ne plus les entretenir pour la navigation . Depuis 1955 l’Etat recours aussi au déclassement permettant de retirer la voie d’eau du domaine de l’Etat, les cours d’eau naturels redevenus domaniaux redeviennent de facto la propriété des riverains et les canaux sont placés dans le domaine privé de l’Etat qui peut les aliéner .Le déclassement lui permet de concéder l’exploitation et donc l’entretien aux collectivités locales qui héritent d’un patrimoine très dégradé dont la restauration peut s’avérer très onéreuse .

Par ailleurs, activité jeune, le tourisme fluvial est très sensible à la conjoncture. Ainsi le nombre de passages de bateaux aux écluses du canal du Midi a baissé de 11 % de 1984 à 1988 sous l’effet de la crainte des attentats terroristes en France et de la baisse du pouvoir d’achat des américains consécutive à la dégradation du dollar. Inversement la croissance spectaculaire de 1989 a été attribuée aux fêtes organisées pour le bicentenaire de la révolution française qui ont entraîné une croissance remarquable de la fréquentation pour les entreprises parisiennes ( + 21,6 % par rapport à I988 ).

Gestion et réglementation des voies navigables

L’Etat a confié à Voies Navigables de France (V.N.F) établissement public à caractère industriel et commercial , créé en 1991 , la gestion de la majeure partie du réseau français. Les ressources de V.N.F , environ 850 millions de francs , proviennent pour l’essentiel d’une taxe prélevée sur les utilisateurs de l’eau ( industriels , E.D.F , communes , agriculteurs, …).et des péages perçus sur la navigation de commerce et de tourisme . L’Etat et les collectivités locales participent également au budget de V.N.F. .Ces crédits sont surtout consacrés à l’entretien et à la restauration du réseau. Certaines voies sont toujours gérées par l’Etat : la Sèvre niortaise par exemple. D’autres sont exploitées par des collectivités locales . Ainsi la ville de paris possède les canaux de Saint-Denis et Saint-Martin et la rivière de l’Ourcq au delà de Meaux.

Conclusion

Activité jeune le tourisme fluvial a acquis au cours de ces dernières années une expansion générale dans de nombreuses régions françaises durant ces dernières années . Il occupe une place reconnue dans l’éventail des produits touristiques du monde rural. La plupart des régions, départements et communes riverains des voies d’eau l’ont bien compris : ceux-ci aménagent les berges, créent des haltes, font connaître leurs richesses, parfois même, certaines collectivités rouvrent à la navigation des voies d’eau à l’abandon comme le Lot, la Baise, le Cher canalisés . Les ports de plaisance de plus en plus nombreux améliorent progressivement la qualité des services offerts .

Plusieurs initiatives ont été prises depuis 2000 pour assurer le développement de ce secteur touristique . VNF et l’AFIT (ODIT-France aujourd’hui) ont signé à partir de 2000 des conventions bisannuelles. Après une interruption, VNF est à nouveau membre d’ODIT France et une convention bipartite a été signée en 2002. l’AFIT/ODIT France a assuré la maîtrise d’ouvrage d’un programme de travail comportant plusieurs objectifs : -améliorer la connaissance des clientèles existantes et potentielles, et notamment de la clientèle française de location de bateaux, des plaisanciers individuels, des touristes « terrestres » fréquentant les sites fluviaux remarquables et les bords de la voie d’eau ;-participer à la mise en place des voies vertes sur le domaine confié à VNF : une étude sur la fréquentation et les retombées économiques des voies vertes a été menée par l’AFIT en 2002 ;-face au constat de la relative méconnaissance de ce secteur, l’AFIT a initié une réflexion visant à la mise en place d'un Réseau d'Observation du Tourisme Fluvial (RNOTF), en partenariat avec l'Observatoire National du Tourisme (ONT) et VNF pour en faire un lieu de concertation, de dialogue entre les différents partenaires (acteurs du tourisme fluvial, gestionnaires de la voie d'eau et collectivités territoriales,…), ainsi qu'un outil d'aide à la décision pour définir de réelles politiques nationales et régionales de développement du tourisme fluvial. Toutes les actions de ce réseau sont soumises à l'approbation d'un comité de développement qui comprend, entre autres membres, des représentants des professionnels. Ce réseau s'est progressivement mis en place et a rapidement produit ses premiers résultats, en particulier un recensement de l'offre existante, qui a fait l'objet d'une publication par l'ONT, « Le marché du tourisme fluvial en France : état des lieux », ainsi que d’un séminaire sur ce thème.

L'année 2002 a été consacrée à la structuration d'une méthode et d'un outil de traitement des enquêtes adaptés à ce secteur d'activité afin de pouvoir dégager, au travers des enquêtes de fréquentation, la réalité de ce produit touristique sur un plan plus quantitatif. Les cellules nationale et régionales ont, ainsi, mené, en octobre 2002, une enquête auprès des professionnels (loueurs et sociétés de bateaux à passagers) portant sur l'activité de la saison en cours.

L’année 2005 a vu la fusion, en particulier, de l’AFIT et de l’ONT, dans une nouvelle entité, ODIT-France. Cette évolution permet d’offrir au RNOTF un pôle de compétence plus vaste, les périmètres et les missions des entités fusionnées étant non seulement conservés, mais élargis.

Une étude a été lancée dernièrement sur le marché spécifique des péniches-hôtels, dans l’optique de rechercher de nouvelles cibles de clientèle. Par ailleurs, une réflexion, menée sur plusieurs années, vise à mieux cerner les flux économiques de la voie d’eau, ainsi qu’à mieux mettre en perspective les coûts et la création de valeur de la voie d’eau.

En outre, le RNOTF poursuit annuellement des enquêtes de conjoncture et des enquêtes quantitatives de fréquentation des clientèles. L’enquête sur le tourisme fluvial en 2005 a été publiée par Odit-France en juillet 2006. Enfin, il faut signaler que VNF est l’un des partenaires de la campagne nationale d’accueil « Bienvenue », impulsée par la direction du Tourisme avec tous les professionnels du secteur. 

 

Pour en savoir plus

 

CONSEIL NATIONAL DU TOURISME , 1997.- Le tourisme fluvial, Paris , Ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement édit., 96 p., Cf. une carte des voies navigables de France en page 11

COUZY G., 1990.- Le marché touristique du canal de Deux Mers, Les Cahiers d'Espaces n°26, p. 40- 44.

DAMIEN M. M. , 2001.- Le Tourisme fluvial, Paris, PUF édit., coll." Que Sais-je? " n°3608, 128 p. (dont une carte du réseau touristique fluvial ( France ) , p. 36)

MARCONIS R., 1981.- Les canaux du Midi,  outil économique ou monument ou patrimoine régional?, Rev. Géographique des Pyrénées et du Sud- Ouest , n°1 .

MIQUEL P., 1994.- Histoire des canaux, fleuves et rivières de France, Éditions n°1 .

 

Les statistiques du Tourisme fluvial (Voies navigables de France (VNF))
http://www.vnf.fr/vnf/content.vnf?action=content&occ_id=4566 

Du Tourisme fluvial au tourisme fluvestre, recherche de pistes sur base de deux exemples de la région Nord- Pas de calais (Managetic / région Nord-Pas de calais)
http://www.prov-liege.be/tourisme/tourfluvial2005/colloque/devleeschouwer.pdf 

Le Tourisme fluvial ( Fonctionnement, observatoire et statistiques, études, chartes et prospectives, etc… )
http://www2.equipement.gouv.fr/sn-npc/TourismeLoisirsNautiques/AccueilTourisme.htm

 

 

 

 

 

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Cette page a été mise à jour le 27/06/09

 

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