« Il
n’existe pas de peuples non civilisés. Il n’existe que des
peuples de civilisations différentes» (Marcel MAUSS)
« Une civilisation me paraît se
définir à la fois par les questions qu’elle pose et par
celles qu’elle ne pose pas » (André MALRAUX)
« Une civilisation qui s’avère
incapable de résoudre les problèmes que suscite son
fonctionnement est une civilisation décadente »( Aimé
CESAIRE, extr. De «Discours sur le colonialisme »)
L’histoire des civilisations, en tant que « savoir
transversal » consubstantiel à l’étude de la géographie du
tourisme, présuppose la connaissance et la maîtrise d’un
vocabulaire de base. L’acquisition de ce dernier est
concomitante à l’étude des différents chapitres du cours. Le
caractère «inédit» de certaines des civilisations étudiées
(civilisation chinoise, civilisations précolombiennes, …),
la relative complexité orthographique de certains termes ,…
m’ont conduit à rédiger des «petits lexiques » se rapportant
aux grandes civilisations et aux différentes thèmes «para-touristiques»
évoqués durant les deux années de formation.
Le
contenu de ces lexiques ne cessera d’évoluer au gré des
thèmes abordés et des questionnements des étudiants. Par
ailleurs il me semble presque inutile de souligner que ces
lexiques ne visent nullement une exhaustivité hors
d’atteinte dans le cadre d’une telle entreprise. Plus
modestement, ils se veulent de simples auxiliaires dans la
démarche de compréhension et d’assimilation du cours.
Définir le terme «civilisation»
Définir le terme « civilisation» se révèle une entreprise
difficile. C’est au XVIIIe siècle que le mot est entré dans
l’usage courant . Il est fréquemment utilisé par Voltaire :
«Il me semble qu’on n’a guère considéré l’histoire que
comme des compilations chronologiques : on ne l’a écrite ni
e citoyen ni en philosophe (…). Je me suis attaché à faire,
autant que j’ai pu, l’histoire des mœurs, des sciences, des
lois, des usages, des superstitions. Je ne vois presque que
des histoires de rois; je veux celle des hommes ». Selon
Voltaire l’histoire serait cantonnée à la chronologie et aux
biographies des personnages illustres. Quant à l’étude des
civilisations elle aborderait des sociétés, des mentalités,
voire de la vie quotidienne .
A partir du XIXe siècle terme de «civilisation» s’inscrit
dans la logique impérialistes des grands états européens. La
civilisation s’oppose alors à la barbarie. La civilisation
est d’abord et avant tout européenne, blanche, bourgeoise, …
Elle est le résultat des efforts de l’homme occidental pour
vaincre la nature de l’asservir à ses besoins. Les civilisés
forment une humanité supérieure, une élite. En 1835 le
« Dictionnaire de l’Académie» propose la définition
suivante : « Action de civiliser ou état de ce qui est
civilisé. Retarder la civilisation d’un pays . Les résultats
de a civilisation. Les progrès de la civilisation.
Civilisation avancée». Quant à Littré il définit la
civilisation «comme l’ensemble des caractères appartenant à
une certaine société groupée sur un certain territoire, à
un certain moment de son histoire ».
Au milieu du XXe siècle M. Crouzet publie aux P.U.F une
monumentale «Histoire générale des civilisations» en 7
volumes. Il définit la civilisation «comme un ensemble
d’idées et d’institutions politiques, de conditions de vie
matérielle et de la technique, de forces de production et de
rapports sociaux, de toutes les manifestations de l’activité
religieuse, intellectuelle et artistique ». Il précise: «L’Histoire
n’est pas choix, mais reconstitution de tous les aspects de
la vie. C’est donc à décrire ces multiples aspects qui
forment presque toujours un bloc cohérent et en même temps
à en reconstituer l’unité, c’est aussi à étudier les
contacts établis entre les diverses civilisations que
s’attache notre «Histoire générale».
Pour certains auteurs la civilisation est semblable à un être
biologique. Soumise à un processus évolutif, elle naît,
grandit et meurt. Paul Valéry a résumé cette conception dans
une formule célèbre : «Nous autres civilisations, nous
savons maintenant que nous sommes mortelles ». Arnold
Toynbee reprend et développe ce concept. Une civilisation
naît d’un défi et d’une réponse apporté à ce défi. Toynbee
dénombre 26 civilisations dans l’histoire du Monde.
Quelques définitions de base
:
Acculturation :
Le terme
désigne le processus d’intégration d’un individu ou d’un
groupe d’individus à un milieu culturel étranger à la suite
d’un contact direct et prolongé avec ce dernier et
l’assimilation de ses manières et modèles de vivre, d’agir,
de réagir, etc….Il désigne moins la perte d’une culture que
le processus d’appropriation (ou de rejet) d’une nouvelle
culture. L’acculturation est un phénomène permanent et
universel dans la mesure où les cultures se constituent et
évoluent au contact permanent des unes avec les autres. Le
phénomène d’acculturation n’est jamais à sens unique dans la
mesure où les cultures sont des ensembles en construction
permanente soumises à des phénomènes constants de
structuration et de déstructuration. L’assimilation, que
l’on confond souvent avec l’acculturation , est le niveau
extrême atteint par cette dernière et qui se traduit par la
disparition totale, l’extinction définitive, de la culture
d’un groupe qui intériorise et s’approprie la culture du
groupe avec lequel il était en contact.
Caste :
Le terme est
issu du portugais « casta » signifiant «pur», «non
mélangé». Les caste sont des couches sociales hiérarchisées,
endogames et héréditaire dont les membres sont de même race
ou de même ethnie, appartiennent à la même religion,
pratiquent le même métier et dans laquelle les unions
matrimoniales avec des membres d’autres castes sont
prohibées. En Inde le système de castes trouve son origine
dans le Rig Veda qui définit quatre castes (varna):
les brahmanes, les kshatriyas, les vaishyas,
les shudras. Les castes ne sont pas une simple
division de la société. Elles sont aussi associées à la
notion de pureté et de karma. En valorisant son karma,
un hindou renaîtra dans une caste plus élevée et atteindra
ainsi le nirvana. A côté du système du varna existe
aussi le système des Jâti qui correspond à un
découpage en professions. Les
intouchables
ou parias, dont le contact est considéré comme une
souillure, se situent hors classe. Bien qu'ayant été abolie
par la Constitution de 1947, la séparation des castes reste
largement pratiquée dans l'Inde rurale.
Civilisation :
Ensemble
complexe s’inscrivant dans la longue durée et regroupant les
caractéristiques politiques, sociales, économiques,
culturelles, religieuses, artistiques, techniques,
scientifiques, … d’une société ou d’un groupe de sociétés.
On tend aujourd’hui à employer le mot « civilisation » au
pluriel, introduisant ainsi un principe relativiste
équivalent à signifier que toutes les civilisations se
valent .
Culture :
Sous
l’influence de l’anthropologie anglo-saxonne le terme est
devenu synonyme de civilisation. Il désigne un ensemble
historique et géographiquement défini des institutions
caractéristiques d’une société donnée .Le terme désigne «non
seulement les traditions artistiques, scientifiques,
religieuses et philosophiques d’une société, mais encore ses
techniques propres, ses coutumes politiques et les mille
usages qui caractérisent sa vie quotidienne » (M.
Mead).
Ethnie :
Petit groupe
homogène du point de vue de la race et de la civilisation
(langue, religion, traditions communes). Il désigne tout
peuple, toute nation qui se définit comme telle. La notion
d’ethnie a été pendant longtemps le pendant sociologique de
la notion de race. De fait son utilisation pose problème car
toute classification d’une population selon ce critère
possède un côté inévitable arbitraire. L’ethnicité
(sentiment de partager une appartenance commune par la
langue, l’histoire, etc…) est au fondement de l’identité.
Mythe :
Le terme peut
revêtir plusieurs significations. Le mythe est d’abord un
récit fabuleux, porté par la tradition orale, narrant les
exploits d’êtres merveilleux (dieux ou demi-dieux, animaux
chimériques, anges, démons, etc…) personnalisant les forces
de la Nature. Ces mythes semblent avoir pour finalité de
traduire les sentiments religieux d’une société donnée en
expliquant les causes d’un phénomène naturel ou les origines
d’une institution sociale. Ils contribuent à assurer la
cohésion d’une société en lui fournissant des réponses sur
sa genèse, son existence et sa destinée. Ils donnent une
cohérence au réel. Le mythe repose sur une analogie poétique
et non sur la logique et il s’exprime sous une forme
symbolique. Il existe des mythes modernes (ou mythes
urbains): épopées guerrières, grands évènements sociaux, …
Au cours du XXe siècle le mythe a été largement utilisé par
des les totalitarismes avant de devenir un élément moteur de
la publicité (mythes vendeurs). Le mythe est aussi une
représentation collective caricaturée, outrée du
comportement de certains groupes sociaux.
Nation :
Groupe humain
déterminé par certaines conditions naturelles et objectives
( possession d’un territoire, unité linguistique, unité de
gouvernement, …) et spirituelles et subjectives ( communauté
d’histoire, de traditions, de culture,…Le terme est assez
proche de celui de peuple mais il induit une dimension
politique. Une nation implique une organisation étatique
mais tout état n’est pas une nation car il est nécessaire
qu’il y ait consensus de tous les groupes présents à
l’intérieur les frontières étatiques pour former une entité
unique.
Sédentarisation :
La
sédentarisation se manifeste par l'établissement fixe d'un
regroupement humain initialement nomade sur un territoire.
La sédentarisation est le processus qui marque le passage de
l’état nomade à l’état sédentaire. C’est au Néolithique que
de nombreux groupes humains adopte une économie de
production basée sur l’agriculture et l’élevage. La
«révolution néolithique» implique une sédentarisation des
communautés humaines. Elle se développe en Europe de l’ouest
et sur les pourtours de la Méditerranée vers 6500 avant J.
C. La sédentarisation a été considérée pendant longtemps
comme un corollaire du développement de l’agriculture, il
est désormais admis qu’elle l’a au contraire précédée. Ce
sont des modifications environnementales d’ordre climatique
permettant une subsistance suffisante tout au long de
l’année qui sont à l’origine de la sédentarisation.
L’agriculture, en imposant de se fixer durant quelques
semaines pour procéder aux récoltes, a catalysé le processus
de sédentarisation.
Société :
C’est un
ensemble d’individus unis par des rapports déterminés et des
services mutuels. Dans cette acceptation première le terme
peut aussi s’appliquer aux collectivités animales régies
par l’hérédité et l’instinct. Les collectivités humaines se
distinguent des précédentes par la possession d’une culture
c’est à dire par un mode de vie suivie par l’ensemble
d’individus formant la société. La cohérence des sociétés
humaines dans la durée est assurée par des institutions.
Religion :
Le terme revêt
plusieurs significations. Le terme désigne d’abord le
rapport de l’esprit humain au divin qui implique, pour le
croyant, la foi en un être ou un principe, en un Au-delà, en
une transcendance. Mais la religion est aussi une
institution sociale ayant pour objet de rendre hommage au
divin par des liturgies et des rites. Cette institution
comporte une hiérarchie qui assure la pérennité d’un
ensemble de dogmes qui fixe des principes et des normes de
conduite.
Rite :
Règles
établies pour la célébration d’un culte. Cet ensemble
strictement codifié, stéréotypé, de gestes, de paroles, de
manipulations d’objets, … constitue la condition d’entrée en
contact avec les puissances de l’Au-delà. Chaque religion a
codifié, au cours de son évolution, des gestes qui lui sont
spécifiques pour la célébration de son culte. Il existe
aussi des rites initiatiques qui accompagnent les
changements majeurs biologiques et/ou sociaux qui rythment
la vie d’un individu.
Syncrétisme :
Système
tendant à faire fusionner plusieurs doctrines. Processus
cherchant à constituer un système cohérent à partir
d’éléments divers empruntés à des doctrines différentes. Le
terme est surtout utilisé en histoire des religions pour
qualifier des systèmes de croyances dont de nombreux
composants d’origine sont encore identifiables. Les
religions de l’Humanité se réduisent suivent à des
associations plus ou moins discernables d’éléments pris à
d’autres croyances géographiquement ou culturellement
proches. Il en résulte un nouvel ensemble, une nouvelle
religion, issu de traditions culturelles différentes et qui
affirme, dans la durée, une cohérence certaine.
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